Un crissement sur la voie.
Il a des peluches sur ses mitaines, et son casque sur les oreilles. Il marche à pas comptés.
Il fait froid, le sol est glissant et la route est confuse. Quelle voie avait-il pris, déjà?
Elle s'est fragmentée en morceaux de différentes tailles, aussi improbables et instables les uns que les autres.
Si l'écho ne venait pas par rafales lui rappeler son nom, à force d'éviter la chute il oublierait qui il est.
"Fou!!", raconte le vent.
"Oui, c'est bien moi". Le fou de trèfle approuve.
La musique le berce à demi-tons. Elle l'empêche aussi de réfléchir, il perd le fil selon le bruit qu'il s'est mis en toile de fond. Il cherche à réunir et à retenir les divers fragments de la route, qui reste, à son grand désarroi, déserte.
Le cavalier de coeur s'est dissous, le fou de pique a passé la frontière, le fou de carreau a pris d'autres voies. Le fou de trèfle se retrouve gardien provisoire d'une contrée désertique. Le ciel est aussi incertain que le paysage, l'ensemble est changeant et illusoire. Même lui, prestidigitateur, se retrouve confus, forcé de revenir à des tâtonnements.
L'intuition du spectacle est partie.
"Devrais-je apprendre la méthode?"
Il voudrait bien éclaircir sa pensée mais l'extérieur le ronge, le souffle l'empêche de s'arrêter pour réfléchir posé.
La dernière ville remonte à loin, et encore plus loin le dernier spectacle. A force de rester seul sur la route, les quatre pays entiers lui échappent.
Le fou de trèfle s'assèche, et se dit que pour sa propre survie, il faudrait changer de paysage.
Mais pour l'instant, il n'y a devant et derrière que des fragments, contre lesquels ses pieds butent.
Alors le fou de trèfle persiste, en espérant trouver refuge pour la nuit suivante, et celle d'après.
Un crissement sur la voie. Le fou de trèfle, la musique dans la tête, ne s'entend pas marcher.
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