"Je pense donc je suis", disait le gars au nom de(s) cartes.
Je suis en train de penser, justement, "attention, j'entre dans un délire philosophie de comptoir, au lieu de cesser de lire, et de rattraper mon retard habituel des cours de la semaine, ma
vieille t'iras pas loin avec ce genre d'habitudes...", mais bon, tant pis.
Je vous épargnerai ce qui m'a fait me lever ce matin de bonne heure et finalement arriver là en fin de matinée, à déballer mes conneries sur fond de papier bleu et
orangé. Pour une fois, allons au vif du sujet.
On est fiers, nous les humains, de savoir penser, de pouvoir formuler nos mots et maux et raisonner en fonction de nos expériences.
Enfin, le problème c'est quand la pensée nous domine. Je lisais ça dans mon bouquin, ce matin, et bien qu'asquiescer sans vergogne est une façon de se laisser dominer par la pensée des autres,
d'une certaine manière, j'ai trouvé cette pensée là juste.
Pourquoi?
Puisque j'ai tendance à me baser sur mon expérience personnelle, je vais regarder dans mes vieux tiroirs de souvenirs plus avant. Ah, mais voilà des vieilles nippes que j'aime tant porter,
d'autant plus qu'elles sont dépareillées!
Regarde: mon désenchantement face à l'avenir couplé à ma tendance irrésistible à jouer à l'enfant, par exemple.
Tu ne trouves pas ça bizarre, cette manie de toujours trouver le pire quelque soit la situation mais de se refuser au cynisme des blasés?
Je me rends compte que je m'égare, je commence à louvoyer vers un schéma habituel de pensée. C'est terriblement difficile de sortir de l'ornière et de chasser les papillons quand on a un filet à
trous, vous ne trouvez pas?
Avec mes nippes, j'ai tendance à ressembler toujours à la même clocharde. A penser pareil, à filtrer pareil, à montrer pareil, toujours pareil. Au fil du temps, le risque est, en portant toujours
les mêmes vêtements, de ne ressembler plus qu'à un monticule informe mais reconnaissable par les motifs, de loques usées. Oh, ne voyez rien de totalement négatif dans cette définition.
Simplement, ce n'est pas parce qu'on est un bloc informe qu'on n'a pas forcément de belles couleurs...
Mais voilà. Pas envie de garder ma masse de tissu, sous peine que l'air d'en dessous qui en sculpte la forme ne se tranforme à son tour en plomb.
Je n'ai pas de visions transcendantales à proposer, juste ce refus de rester posée là, à regarder s'écouler le temps qui passe, à m'empâter, prendre la place que m'offre mon enveloppe de
vêtements et pas autre chose. Et pourtant, couplée à ce bout de tissu ci, il y a la peur de bouger, de changer, de se confronter au monde.
Ces duos de tissus se mêlent, tentent de prendre toute la surface de ma masse de vêtements que j'offre à la vue du monde, et je ne sais pas quels motifs transparaitront au final, si jamais il y a
un final d'ailleurs...
Bon, que veut dire au fond cet imbroglio? Je ne veux pas être un soldat de plomb sous son patchwork de tissu, et je ne pense pas être capable de transformer ma façon
de penser en une lame acérée capable de trancher ma vision du monde pour ne voir que la réalité vraie, nue, dans toute son horreur ou sa beauté, peu importe le terme subjectif employé.
Reste à essayer de découvrir qui est l'être qui s'essaye à penser, sans se laisser dominer par ses pensées, et virer rétrograde. Dieu sait qu'il est facile de s'emporter à devenir de roc, de
plomb, de marbre.